5 livres à lire pour réfléchir

Des livres, il y en a pour tout. Pour apprendre, pour s’évader, pour comprendre, pour rêver, pour créer, pour s’inspirer… pour absolument tout.

Si bien qu’il y a aussi plusieurs façons de lire. En fait, il y a même plusieurs façons de voir un livre.

Ce n’est pas du tout le même objet selon sa nature ! Voir Le Petit Prince sur un coin de table ou un pavé de micro-nutrition hyper complet, ça ne provoque absolument pas les mêmes réactions.

Le premier me donne envie de le feuilleter, de me rappeler, de me replonger dans cet univers doux et chaleureux. Et le second m’invite à un apprentissage savoureux mais dans le dur, qui nécessite de se mettre en conditions et d’avoir au minimum quelques dizaines de minutes devant moi.

Et c’est pour ça qu’on peut entretenir une relation très distante avec la lecture pendant les 15 ou 20 premières années de sa vie.

Parce que les livres ne nous induisent pas encore l’éveil ou le plaisir, parce que nos premières expériences nous ont fait voir un bouquin comme on voit un devoir, une consigne, quelque chose d’abstrait.

Il ne me viendrait jamais à l’idée de conseiller Louise Labé à quelqu’un qui s’ouvre tout juste à la poésie, et pourtant, plus loin sur ce chemin, découvrir Débat de Folie et d’Amour est une étape aussi incontournable que plaisante.

Idem avec les Essais de Montaigne pour quelqu’un qui s’amuse à découvrir les belles pensées construites ou Le Loup Des Steppes d’Hermann Hesse pour quelqu’un qui débute une exploration des phrasées longues et poétiques allemandes de la mi-1900.

Alors aujourd’hui avec cet article, l’idée va être :

  • si tu es déjà amateur, d’alimenter ton rayon “réfléchir et s’inspirer” avec de chouettes pépites
  • si tu n’as pas encore ce réflexe de lire mais que l’idée d’un livre qui t’ouvre le champ des possibles et qui te lance sur des réflexions nouvelles et enivrantes te rend curieux(se), de te proposer des points de départ, des sortes d’allumes-feu “lecture”.

1) Siddhartha, d'Hermann Hesse

“Ce n’est pas dans les discours ni dans le penser que réside sa grandeur ; mais dans ses actes, dans sa vie.

Siddhartha, c’est la grosse claque qui te fait revoir tes perceptions du monde, de tes acquis, de tes conclusions, c’est une grande (très grande) accélération dans tes réflexions profondes.

Ça peut sembler excessif mais clairement, il y a un avant et un après.

Hermann Hesse t’embarque en Inde, au temps du tout premier Boudha, et te raconte l’histoire d’un jeune Brahmane qui se pose beaucoup de questions.

Apprécié, talentueux, il est destiné à occuper une place impactante au sein de sa communauté mais il va la refuser pour partir en quêtes de réponses.

Il va renoncer à une vie toute tracée pour explorer le pays et expérimenter différentes voies, parfois très contradictoires, à la recherche de son idéal.

Sa réflexion s’étoffe au fil des rencontres et son apprentissage le dirige vers cette conclusion que la sagesse ne se transmet pas comme les connaissances. Elle doit être trouvée et comprise soi-même, par l’expérience.

En fait, ici, Hermann Hesse comme avec beaucoup de ses livres, vient nous peindre une fresque de son enfance marquée par son admiration de l’Orient et de la grande ouverture d’esprit qu’il y a trouvé.

Les discussions de Siddhartha, autant que ses monologues intérieurs, sont un support à la sagesse de Hesse et à ses grands déclics personnels.

Antoine de Saint-Exupéry a fait des siens Le Petit Prince, léger et enfantin, Hermann Hesse en a fait Siddhartha, parfumé, poétique et incroyablement marquant.

C’est un livre que j’essaie de relire tous les ans et c’est clairement un de ceux qui semblent dévoiler de nouvelles pages à chaque lecture et dans lesquels on comprend quelque chose de plus à chaque nouveau passage.

2) Jonathan Livingstone Le Goéland, de Richard Bach

Comment se fait-il … que la chose la plus difficile au monde soit de convaincre un oiseau de ce qu’il est libre et de ce qu’il peut s’en convaincre aisément s’il consacre une partie de son temps à s’y exercer?
On compare beaucoup Jonathan Livingston Le Goéland au Petit Prince. Et ce qui est drôle, c’est que Richard Bach et Antoine de Saint-Exupéry étaient tous deux aviateurs et de sacrés rêveurs.
 
L’idée ici, comme pour le Petit Prince, c’est de plonger dans une belle histoire très imagée, une de ces métaphores qui parle à l’enfant à l’intérieur de nous, et de s’en servir pour décrypter notre vie d’adulte et ses réflexions profondes.
 
Pour bon nombre de ces livres, ce procédé leur a valu d’être pris pour des livres d’abord destinés aux enfants. Aujourd’hui, beaucoup lisent le Petit Prince comme on relit un conte qui a marqué son enfance, pas comme le joli morceau de charbon qu’il est pour la locomotive de notre éveil personnel.
 
Parce que oui, Jonathan Livingston et Le Petit Prince sont de véritables bombes de prise de conscience. C’est à l’âge adulte qu’ils révèlent toute leur profondeur.
 
Et pour notre histoire de goéland, le deuxième livre de cette liste, il sera question de vivre pleinement ses propres aspirations.
 
Jonathan est passionné par le vol et la sensation de vitesse. Une passion qui n’est absolument pas partagée par les autres membres de sa communauté. Pour eux, on vol pour se déplacer et pour manger, point.
 
Exilé à cause de ses différences et de ses ambitions, il va poursuivre ses expérimentations et s’entrainer, encore et encore, à voler comme il l’entend.
 
Et ce jusqu’au jour ou il va se faire des amis sur les bases de ce qu’il est vraiment, et…
 
Je m’arrête ici, ce livre est à lire, à relire, à décortiquer, à méditer… Et il est très (très) court, donc idéal pour ce type de “relecture” !

3) Nature, de Ralph Waldo Emerson

“N’allez pas là où le chemin peut mener. Allez là où il n’y a pas de chemin et laissez une trace.”

Nature fait clairement partie de ces livres que l’on pourrait croire écrit il y a peu, comme une réponse aux grandes questions de notre génération. Une proposition sur l’éveil, une suggestion pour notre prochain mouvement sur le grand échiquier du monde.

Mais non, cette merveille date de 1836, plus de 40 ans avant la première ampoule…

Comme je le dis toujours à propos de ce livre : si la nature était une religion, alors il en serait le livre saint.

Ralph Waldo Emerson, grand ami de Henry David Thoreau et de Walt Whitman, part de certains de ses discours pour livrer, condensée et savoureuse, une ode au retour à la nature.

Il y voit bien plus qu’un environnement pour l’homme et lui confère une conscience. Il en fait une véritable entité divine et de son étude un support à l’éveil spirituel. Certains y voient une œuvre bouddhiste (et je le pense aussi de plus en plus), et les spécialistes en ont fait le “départ” du transcendantalisme.

En quelques années, aux côtés de ses deux grands amis, il va fonder le mouvement littéraire américain et ainsi s’émanciper de l’héritage littéraire anglais.

Et surtout, avec Nature, Emerson se place aux côtés de Withman et son “Leaves Of Grass“, et de Thoreau et son excellent “Walden Ou La Vie Dans Les Bois” (une œuvre dingue qui étonnera les fanas du minimalisme) pour guider les amoureux de la nature et de l’éveil personnel dès 1800.

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4) Le Prophète, de Khalil Gibran

“De même que la valeur de la vie n’est pas en sa surface mais dans ses profondeurs, les choses vues ne sont pas dans leur écorce mais dans leur noyau, et les hommes ne sont pas dans leur visage mais dans leur cœur.”

Le prophète, c’est une bouffée d’éveil ! C’est tout le génie de Khalil Gibran cristallisé dans une œuvre courte et enivrante qui transcende les cultures et ravit tous les rêveurs du globe et des époques.

On y suit les aurevoirs d’un sage au village qui l’a accueilli.

A son départ, les villageois se rassemblent autour de lui et chaque pièce de la communauté lui pose une dernière question. Le commerçant le questionne sur le don, le professeur sur l’enseignement, le couturier sur les vêtements…

Ainsi, les grands thèmes de l’expérience humaine sont abordés avec beaucoup de poésie et de sagesse, et bien que l’ouvrage soit à quelques années de fêter ses 100 ans, ses pages restent toujours très parlantes aujourd’hui.

Un grand grand classique du véritable développement personnel, une buche incroyable pour le feu de la réflexion profonde.

5) Lettres à un Jeune Poète, de Rainer Maria Rilke

“Laissez chaque impression et chaque germe de sensibilité s’accomplir en vous, dans l’obscurité, dans l’indicible, l’inconscient, là où l’intelligence proprement dite n’atteint pas et laissez-les attendre, avec une humilité et une patience profondes, l’heure d’accoucher d’une nouvelle clarté.”

Ce qui m’a toujours émerveillé avec ce livre, ce que ça n’en est pas un !

Entre 1903 et 1908, un jeune officier de l’armée allemande va correspondre avec Rainer Maria Rilke et lui envoyer ses poèmes pour qu’il le guide.

Et ce livre, Lettres à Un Jeune Poète, contient les 10 lettres que Rainer Maria Rilke lui a envoyé, à lui, un parfait inconnu.

Et c’est ça qui est dingue ! Rilke va envoyer 10 lettres bombées de sagesse à un homme qu’il ne connait pas, et créer sans le savoir le contenu d’un des livres les plus inspirants de tous les temps.

J’y vois personnellement une sorte de bible de l’artiste qui se diffuse autant à la lecture que les jours qui suivent. Comme une empreinte qui peine à s’effacer et vient façonner notre réflexion.

Là encore, on parle d’un livre très court, délicieux, et que j’invite à lire très régulièrement.

Et voilà !

Ces livres, je les connais sous tous les angles, je les adore, je pourrais en parler des heures. Donc si tu en picores un ou deux, et que toi aussi, ils te rendent bavard(e), viens m’en parler !

Sur les réseaux, par e-mail, à l’occasion des évènements que nous organisons autour de Flow Life…

J’espère avoir fait honneur à mes années en librairie et à la houlette de mes professeurs là-bas, au pied des étagères, et j’ai déjà hâte de partager de nouvelles lectures ici-même.

Rémi.